Ma boite aux lettres est pleine à craquer

Dimanche 26 mai, on ira voter. Les candidats de tout bord se sont souvenu de notre existence. Pourtant, depuis 2014,  j’ai beaucoup de mal à me souvenir d’un seul d’entre eux qui eut la courtoisie de nous envoyer un petit mot de remerciement, ou un petit mot d’excuse qui dirait par exemple :

« Chers citoyens, chères citoyennes, depuis la dernière fois, nous avons essayé, nous y avons cru, mais nous n’y sommes pas parvenu. Nos résultats sont en deçà de l’espoir que nous portions dans la législature précédente. Notre programme, certes alléchant, n’avait que pour but de vous appâter, d’épater et d’écraser nos adversaires.   Veuillez nous en excusez, nous sommes contraints de reconnaître nos erreurs, et de nous retirer pour une période indéterminée, afin de réfléchir à un vrai projet de société.  Un projet d’avenir et de long terme, nous voulons oser de rêver d’ une cité avec des défis sûrement, mais une cité où vous ne comptez pas que pour votre voix ».

 Non, au lieu de ça, les gars se re-pointent à nos portes comme si de rien n’était, et nous vendent  quelques idées sans cesse recyclées, et permettez-moi de vous dire que beaucoup dégagent une odeur de soufre. Des idées qui en général ont tendance à nous cibler les uns et les autres comme étant la cause et le mal dont souffre notre société. Parce qu’on est vieux, parce qu’on est immigrés, réfugiés, sans emplois, ou même avec un emploi, malade, ou jeune, trop jeune pour marcher pour le climat. En somme, quand j’écoute leurs débats, j’entends souvent des idées qui divisent, plutôt que les idées qui rassemblent. Nous serions donc à la fois la cause et la raison de leurs engagements et de leur inconstance ?

Bon sang ! ma boite aux lettres est pleine à craquer.

Comme tout être humain qui a connu l’époque du courrier autre que les factures voici ce que je voudrais recevoir dans ma boite aux lettres, surtout quand un gars prend la peine de l’adresser à mon nom.

« Monsieur Lasz,

Suite à notre dernière lettre, nous constatons que vous aviez peu de foi en notre programme. Nous ne pouvons en juger que par votre voix qui manquait au décompte final. Mais laissez nous vous dire que nous n’avons pas été ni indifférents ni insensibles à votre jugement. Cette fois-ci, nous avons bien bossé, … nous avons appris à rêver, nous voulons une cité du possible, un monde où le problème n’est pas l’autre, mais ceux qui sont en charge et en fonction. Nous vous proposons de vous concerter le plus souvent possible, plutôt que de vous confisquer votre voix ». Sans oublier la petite formule de politesse à la fin, et des plus chaleureux possible.

Quitte à se vendre mesdames et monsieurs les politiques, autant le faire avec les bonnes manières, avec un suivi de courrier s’il vous plait !

C’est vieux, mais c’est nouveau.

La loi du marché s’applique donc à tout ? Aux idées comme aux voix ? C’est depuis un certain temps mon impression.

Prenons n’importe quelle poudre à lessiver, la nouvelle formule est toujours mieux que la précédente. Après quelques décennies depuis l’arrivée de la poudre à lessiver, on peut aisément se dire la future formule de n’importe quelle marque sera certainement meilleure que celle que nous avons. Vous avez exactement la même chose pour les dentifrices, les rasoirs, les yaourts et les voitures.

Et là je me dis ceci : Si les gars là-bas au labo comme au bureau du parti ne sont pas prêts à nous faire des proposions de projets plus inclusifs, tenant compte de notre diversité, richesses multiples, parce que nous ne sommes pas qu’une force de travail et un coût éventuel ; alors qu’ils se retirent.   Après tout, ils démissionnent bien lorsqu’il s’agit d’une stratégie électorale.

Madame, monsieur politique, je suis sûr aussi que nous pourrions nous en sortir autrement. Ça nous prendra certainement du temps, beaucoup d’apprentissages et de renoncements.

Nous pourrions déprofessionnaliser la politique ? Après tout, nous vivons constamment la politique au premier sens du terme, c’est à dire dans la cité, là où s’exercent toutes nos interactions, là où sont éprouvés nos droits et nos devoirs. Étant donné que nous sommes le centre d’intérêt de vos débats et de votre jeu, autant rêver d’une autre façon de faire la politique.

Veuillez s’il vous plait laisser ma boite aux lettres se remplir uniquement de factures. Heureusement, c’est la saison où je vais recevoir quelques cartes postales d’ amis partis en vacances.

Calixte Lasz